Quand la jalousie révèle un manque d’amour de soi
- Sabrina Lopez

- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Une émotion que l’on juge, mais qui parle souvent d’une blessure
Dire « je suis jaloux » ou « je suis jalouse » n’est pas simple.
La jalousie est une émotion que l’on juge rapidement, y compris dans les milieux chrétiens.
On se dit qu’elle n’est pas belle, qu’elle n’est pas spirituelle, qu’il faudrait plutôt se réjouir pour les autres.
Alors on la tait. On la refoule. On culpabilise.
La jalousie est très souvent le révélateur d’un manque d’amour de soi, d’une insécurité intérieure, ou d’une blessure de valeur qui n’a pas encore été apaisée.
En tant que chrétien(ne), cette émotion peut être particulièrement déroutante. On aime Dieu, on essaie de faire les choses “bien”, et malgré cela, quelque chose se serre à l’intérieur lorsque l’autre reçoit ce que nous attendons depuis longtemps.
La jalousie devient alors un signal, non pas pour se condamner, mais pour comprendre ce qui se joue en profondeur.
Derrière la jalousie, la peur de manquer ou de ne pas compter
Psychologiquement, la jalousie apparaît lorsqu’on perçoit une menace sur ce qui est important pour nous : l’amour, la reconnaissance, la place que l’on occupe, la sécurité affective ou même la justice.
Mais lorsque cette émotion revient régulièrement, elle révèle souvent une peur plus profonde : celle de ne pas être assez, de ne pas être choisi, de passer après les autres.

Cela peut se manifester de façon très concrète.
Par exemple, lorsque le célibat dure, et que l’on voit autour de soi des amis se fiancer, se marier, fonder une famille. On se réjouit en apparence, mais à l’intérieur une question douloureuse surgit :
« Et moi, Seigneur ? Tu m’as oublié(e) ? »
Ou encore dans le domaine professionnel :
un collègue obtient une promotion, alors même que l’on sait qu’il ne travaille pas toujours avec intégrité, qu’il contourne certaines règles. Et intérieurement, une lutte commence :
« Moi, je fais les choses correctement… pourquoi ce n’est pas moi ? »
Il arrive aussi que l’on se compare à une personne qui ne va pas à l’église, qui ne partage pas la même foi, et qui pourtant semble réussir financièrement, professionnellement ou socialement.
Cela peut provoquer un sentiment d’injustice, parfois même une colère silencieuse envers Dieu.
Dans tous ces cas, la jalousie ne parle pas de l’autre. Elle parle de ce que ces situations viennent toucher en nous : un besoin de reconnaissance, un sentiment d’infériorité, ou une peur de ne pas compter.
Ce que la jalousie révèle
En tant que chrétien(ne), la jalousie peut aussi révéler une tension intérieure entre ce que l’on croit et ce que l’on ressent réellement.
On sait que Dieu est juste. On sait qu’Il a un plan pour chacun. Mais dans le vécu quotidien, ces vérités peuvent sembler lointaines.
Lorsque l’identité est fragilisée, on commence sans s’en rendre compte à mesurer sa valeur à travers des comparaisons : le rythme de vie des autres, leurs bénédictions visibles, leur reconnaissance sociale.
La jalousie apparaît alors comme le symptôme d’une identité encore insécurisée, qui a besoin d’être rassurée non pas par des résultats, mais par une relation plus profonde avec Dieu.
Derrière la jalousie, il y a souvent cette question silencieuse : « Suis-je vraiment aimé(e) tel(le) que je suis, même si je n’ai pas encore ce que j’attends ? »
La comparaison, un piège qui épuise
La comparaison est presque toujours liée à la jalousie. Elle pousse à regarder ce que l’autre a, ce que l’autre vit, ce que l’autre reçoit, en oubliant son propre chemin.
Dans le cadre professionnel, elle peut empêcher de se réjouir sincèrement pour un collègue. Dans la vie affective, elle peut transformer l’attente en amertume. Dans la vie spirituelle, elle peut créer une distance avec Dieu.
Peu à peu, la comparaison fait croire que l’amour, la réussite ou la bénédiction sont des ressources limitées, comme s’il n’y en avait pas assez pour tout le monde.
Or, l’amour de Dieu ne fonctionne pas ainsi. Il n’est ni concurrentiel, ni conditionné par les performances.
Apprendre à recevoir l’amour qui sécurise
La jalousie ne se guérit pas par la volonté, ni par des injonctions du type « je devrais être reconnaissant(e) ».Elle s’apaise lorsque le cœur se sent sécurisé, aimé, confirmé dans sa valeur.
Lorsque l’on apprend à recevoir l’amour de Dieu de manière plus personnelle, plus incarnée, la réussite de l’autre cesse d’être une menace. Elle devient simplement le parcours de l’autre.
Petit à petit, le cœur peut apprendre à dire :
« Son chemin n’enlève rien au mien. »
« Son timing n’est pas une condamnation pour moi. »
« Ce que Dieu fait ailleurs ne m’exclut pas de Son amour. »
« Dieu ne m'a pas oublié, il me donne ce dont j'ai besoin en Son temps. »
Quand la jalousie devient un chemin de guérison
La jalousie peut alors devenir un point d’appui thérapeutique et spirituel. Elle indique précisément l’endroit où l’estime de soi a besoin d’être restaurée, où la confiance a besoin d’être renforcée.
Plutôt que de se juger, il devient possible de se poser ces questions :
Qu’est-ce que cette situation vient réveiller en moi ?
Quelle peur ou quelle blessure se cache derrière cette comparaison ?
Ai-je appris à m’aimer autrement que par ce que je fais ou ce que j’obtiens ?
C’est souvent à cet endroit que Dieu travaille le plus profondément.
Laisser Dieu redéfinir sa valeur
Lorsque Dieu vient redéfinir la valeur intérieure, la jalousie perd progressivement son pouvoir. Elle ne disparaît pas toujours immédiatement, mais elle cesse de diriger les pensées et les émotions.
Le cœur apprend alors à se réjouir sans se comparer, à attendre sans se dévaloriser, à avancer sans se mesurer aux autres.
Et c’est ainsi que la jalousie, au lieu d’être une faute à cacher, devient une porte vers plus de vérité, de liberté et de paix.
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